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Viande et longévité : ce que l’étude sur les centenaires dit vraiment

Photo : Gzzz / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Et si la fourchette cachait un secret de longévité ? Une étude publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition semble indiquer que les mangeurs de viande ont davantage de chances d’atteindre 100 ans. Mais la nuance est de taille, et elle change complètement la lecture du résultat.

Une grande enquête sur les très âgés

Les chercheurs, rattachés aux universités Fudan et Jiao Tong de Shanghai ainsi qu’au Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, ont travaillé sur l’enquête CLHLS, un suivi de grande ampleur consacré à la santé et à la longévité des Chinois. Leur échantillon compte 1 459 centenaires, comparés à 3 744 personnes âgées de 80 à 99 ans. Au total, plus de 5 000 personnes de 80 ans et plus ont été analysées, ce qui donne une base solide pour une étude observationnelle.

Le point de départ est simple : quel type d’alimentation distingue ceux qui franchissent le cap du siècle de ceux qui s’arrêtent avant ? Pour le savoir, l’équipe a comparé les habitudes alimentaires des deux groupes, en tenant compte de plusieurs facteurs comme l’âge, l’état de santé ou le mode de vie.

Des résultats qui varient selon le régime

Premier enseignement : les véganes présentent le rapport de cote le plus faible, à 0,71, ce qui signifie une probabilité moindre de devenir centenaire par rapport aux omnivores. En revanche, les pesco-végétariens et les ovo-lacto-végétariens ne se distinguent pas statistiquement des mangeurs de viande. Autrement dit, renoncer à la viande ne suffit pas, à lui seul, à expliquer les écarts observés.

Panier de légumes frais posé sur une table en bois, à côté d'une assiette de viande grillée
Photo : Wikimedia Commons (Public domain)

Comme le rappelle Newsweek, qui a détaillé les chiffres de l’étude, le tableau général ne dit donc pas que la viande allonge la vie. Il dit surtout que le régime végétalien strict est associé à moins de centenaires dans cette population.

Le hic : l’indice de masse corporelle

C’est ici que le titre viral devient trompeur. Chez les personnes en insuffisance pondérale, manger de la viande chaque jour était associé à une probabilité supérieure de 44 % d’atteindre 100 ans, comparé à un régime végétarien. Cette association n’apparaissait pas chez les personnes de poids normal ou en surpoids.

Panier de légumes frais posé sur une table en bois, à côté d'une assiette de viande grillée
Photo : Shixart1985 / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Pour les auteurs, l’indice de masse corporelle explique en partie le lien observé. Un apport protéique suffisant chez des personnes très âgées et fragiles pourrait jouer un rôle, mais l’étude ne le démontre pas. Le sujet mérite, selon eux, d’être exploré plus en profondeur.

Pourquoi rester prudent

Il faut garder en tête que l’étude établit une association, pas une relation de cause à effet. Les habitudes alimentaires n’ont été évaluées que dans les dernières années de vie, période où la capacité à mastiquer peut peser sur ce que l’on mange. Un élément qui brouille forcément les pistes.

Le contexte scientifique est également contrasté. Une revue systématique publiée en 2022 par Poulsen et ses collègues, au Danemark, soulignait le manque de données sur l’alimentation et la survie au-delà de 100 ans. Par ailleurs, de nombreux travaux sur des adultes plus jeunes associent plutôt les régimes riches en végétaux à moins de maladies cardiovasculaires et de diabète. Ce résultat reste donc inhabituel et ne doit pas être présenté comme un consensus.

Les auteurs eux-mêmes insistent sur l’importance d’un régime équilibré et de bonne qualité, surtout pour les personnes très âgées et sous-pondérées. C’est là, et non dans un slogan pro ou anti-viande, que se trouve la leçon la plus solide.

Ce qu’il faut retenir

  • L’étude porte sur des centenaires et des personnes de 80 à 99 ans en Chine, pas sur la population générale.
  • Les véganes ont la probabilité la plus faible de devenir centenaires dans cet échantillon.
  • Le lien favorable à la viande concerne surtout les personnes en insuffisance pondérale.
  • L’indice de masse corporelle joue un rôle, mais l’étude ne prouve aucune causalité.

Sources : ScienceAlert, Newsweek, étude dans The American Journal of Clinical Nutrition (DOI), revue systématique de Poulsen et al. (2022).

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