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La comptine « Ring Around the Rosie » ne parle pas de la peste

Photo : Steve Shook from Moscow, Idaho, USA / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Tout le monde a déjà chanté « Ring Around the Rosie » en tournant en rond avec des enfants, ou en ayant entendu quelqu’un le faire. Et pourtant, la version la plus célèbre de son histoire, celle qui affirme que la comptine décrit les symptômes de la peste noire, ne tient pas la route. C’est un bel exemple de mythe qui se répand plus vite que les faits.

Une explication apparue bien après les épidémies

La légende veut que « rosie » désigne les taches rouges de la maladie, que le « pocket full of posies » soit un bouquet censé chasser les miasmes, et que la chanson accompagne les morts. Le problème, c’est que le texte imprimé le plus ancien connu date de 1881, dans un recueil de Kate Greenaway. Il est donc séparé des épidémies de peste du Moyen Âge et de l’époque moderne par plusieurs siècles.

Le lien avec la peste n’apparaît vraiment qu’au milieu du XXe siècle, à la faveur d’un livre de l’auteur James Leasor publié en 1961. Snopes, le site américain de vérification des rumeurs, a classé l’affirmation comme fausse dès 2000, en la décrivant comme une explication inventée après coup, une fois la comptine déjà ancienne et connue.

Ce que disent les folkloristes

Les spécialistes du folklore ont une formule pour ce genre de phénomène : la « métafolklore », c’est-à-dire le folklore sur le folklore. Stephen Winick, folkloriste à la Library of Congress, explique dans un billet de blog que la plupart des comptines ont des origines obscures, et que l’on a tendance à les interpréter à la lumière des peurs d’une époque. Le besoin de donner un sens sombre à une ritournelle enfantine est, en soi, très humain.

Vieux livre illustré de comptines ouvert sur une page avec des enfants dessinés en ronde
Photo : Fry72 (Karel Frydrýšek) / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Autrement dit, la comptine a probablement circulé oralement pendant longtemps, avec des variantes, sans que son sens originel soit documenté. Dire qu’elle parle de la peste revient à affirmer une chose que personne ne peut prouver.

Un détour par le bâillement et les oreillers de pierre

Ce genre de légende n’est pas le seul de notre quotidien. Certaines croyances sur le bâillement, par exemple, remontent à un récit hagiographique du VIe siècle : la Vie de saint Théodore de Sykéon, texte écrit à la gloire de ce religieux, raconte qu’un bâillement mal protégé pouvait laisser entrer la maladie. Il s’agit d’une anecdote de chroniqueur religieux, pas d’un savoir médical. L’idée qu’un bâillement ferait « sortir l’âme » relève du folklore et n’est pas attestée par les sources sérieuses.

Vieux livre illustré de comptines ouvert sur une page avec des enfants dessinés en ronde
Photo : Windmemories / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Autre cas : les oreillers de pierre. Selon l’article Wikipédia consacré à l’oreiller, le plus ancien usage attesté remonte vers 7000 av. J.-C. en Mésopotamie. Ce n’est pas le plus ancien couchage connu : les lits et les matelas sont bien plus anciens. Dire que ce sont « les plus anciens oreillers connus » est donc une formule trop forte, à réserver à la précision « premier usage attesté ».

Ce qu’il faut retenir

  • « Ring Around the Rosie » est une comptine dont l’origine exacte reste inconnue.
  • Le lien avec la peste noire est une explication tardive, apparue au XXe siècle, qui n’est pas étayée.
  • Le texte imprimé le plus ancien date de 1881, plusieurs siècles après les grandes épidémies.
  • Une légende peut être répétée partout sans être vraie : vérifier la source reste le bon réflexe.

Sources

Pour aller plus loin : le fact-check de Snopes (2000), le billet de Stephen Winick à la Library of Congress, l’article de History.com et l’entrée Wikipédia « Pillow ».

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