Crohn, rectocolite hémorragique : ces maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ont la mauvaise habitude de revenir sans prévenir, parfois alors que tout semblait calme. Une équipe australienne propose une explication qui se joue dans la paroi intestinale, au niveau des cellules qui la tapissent.
Une rémission qui ne dit pas tout
Quand on parle de rémission, on pense aux symptômes : plus de douleurs, plus de diarrhées. Pourtant, selon ScienceAlert, la biologie de l’intestin peut rester fragile alors que le corps ne montre plus rien. La gastro-entérologue Britt Christensen, du Royal Melbourne Hospital, le résume ainsi : une rémission clinique ne signifie pas toujours que le fonctionnement sous-jacent est revenu à la normale.
Des cellules prêtes à mourir d’une mauvaise façon
Les chercheurs du Walter and Eliza Hall Institute, à Melbourne, ont examiné près de 900 biopsies intestinales prélevées chez 80 personnes, avec ou sans MICI. Ils ont aussi fait pousser des organoïdes, de petits mini-tissus intestinaux cultivés en laboratoire à partir d’échantillons de patients. Le communiqué de l’institut décrit l’essentiel de la démarche.

Le point central concerne la manière dont les cellules meurent. Il existe plusieurs mécanismes de mort cellulaire. La nécroptose fait éclater la cellule et libère des substances qui entretiennent l’inflammation, alors que l’apoptose est une mort plus « ordonnée ». Dans les tissus de patients, les signaux de nécroptose sont présents. Dans les organoïdes exposés à des signaux inflammatoires, les cellules meurent surtout par apoptose. Bloquer la nécroptose n’a pas empêché la mort cellulaire dans les conditions testées, ce qui laisse penser que cibler ce seul signal ne suffira peut-être pas.
Une piste, pas encore un traitement
Il faut garder la tête froide. Toujours selon ScienceAlert, sur 52 patients, 30 ont été suivis pendant deux à trois ans : 16 ont connu une poussée nécessitant un traitement renforcé ou modifié, 14 sont restés stables, et 22 ont été perdus de vue. Ces résultats restent préliminaires. L’étude ne montre pas que le marqueur permette de savoir qui va rechuter, et ce n’est pas un test utilisable en pratique médicale. Christensen ajoute qu’on n’a pas démontré que bloquer ces mécanismes prévienne les poussées chez l’humain. La nécroptose a d’ailleurs un rôle utile, puisqu’elle contribue à éliminer des cellules endommagées, voire potentiellement cancéreuses.

L’étude a été menée sur tissus et en laboratoire. Elle ouvre des questions, elle n’apporte pas de solution immédiate. Pour tout ce qui touche aux traitements, l’avis d’un médecin reste indispensable.
Ce qu’il faut retenir
- Les MICI peuvent repartir même lorsque les symptômes ont disparu.
- Des cellules de la paroi intestinale semblent prédisposées à mourir d’une manière qui entretient l’inflammation.
- Les résultats viennent de tissus et d’organoïdes, avec un suivi limité à une cinquantaine de patients.
- Aucun traitement ni test de prédiction n’en découle pour l’instant.
Sources : ScienceAlert, WEHI, résumé de conférence ECCO 2025.

