Vous connaissez sûrement le jeu : on montre deux dessins, l’un tout en courbes, l’autre hérissé de pointes, et on demande lequel s’appelle « bouba » et lequel s’appelle « kiki ». Presque tout le monde répond la même chose. Ce phénomène a un nom, l’effet Bouba-Kiki, et une équipe italienne vient de se demander si nos chiens le partagent aussi.
Un mot inventé, deux formes, un accord large
L’effet est observé depuis longtemps chez les humains. Le psychologue Wolfgang Köhler est généralement cité comme celui qui l’a décrit en premier, et les travaux qui ont suivi montrent une tendance remarquablement stable d’une culture et d’une langue à l’autre. Les dates et les chiffres exacts varient selon les sources, mais le constat général est solide : les sons arrondis comme « bouba » évoquent plutôt des contours ronds, tandis que « kiki », avec ses consonnes sèches, renvoie à des formes anguleuses.
Des chiens testés face à deux écrans
Dans l’étude publiée dans les Proceedings of the Royal Society B, l’éthologue Eleonora Biffi, de l’Université de Parme, et ses collègues ont recruté 70 chiens domestiques répartis en deux expériences presque identiques. Les animaux étaient placés face à deux écrans et deux haut-parleurs. Pendant une quinzaine de minutes, les mots « bouba » et « kiki » étaient diffusés pendant que les deux formes alternaient d’un écran à l’autre. Les mouvements de tête étaient filmés, puis analysés par un logiciel qui servait d’indicateur du regard.

Le résultat principal, selon le communiqué relayé par SciMex, est que les chiens regardaient davantage la forme ronde quand ils entendaient « bouba », et la forme pointue quand ils entendaient « kiki ». D’après ScienceAlert, la première expérience montrait aussi un biais général pour les formes pointues, qui disparaissait dans la seconde. Dans celle-ci, les maîtres portaient un casque diffusant de la musique rock, afin de ne pas entendre les mots prononcés pendant le test.
Pourquoi les formes pointues ?
Les auteurs avancent une piste : le visage des chiens et des loups est plus anguleux que celui d’un nourrisson humain, ce qui pourrait expliquer leur penchant pour les formes pointues. C’est une hypothèse, pas une conclusion établie, et elle mérite d’être testée ailleurs. Les chats pourraient d’ailleurs aider à trancher : s’ils réagissent aussi, cela plaiderait pour un mécanisme perceptif général plutôt que pour une adaptation propre à la longue histoire de coopération entre chiens et humains.

Ce que cela ne prouve pas (encore)
Soyons clairs : un chien qui regarde un cercle quand on prononce « bouba » ne comprend pas le mot comme nous. Soixante-dix animaux, dans un seul laboratoire, c’est un échantillon sérieux mais modeste. Comme le rappelle ScienceAlert, il reste beaucoup de recherches à mener avant de pouvoir affirmer que les chiens associent définitivement ces sons à ces formes. Le communiqué de la Royal Society ouvre d’ailleurs une question plus large : comment les chiens perçoivent-ils la parole humaine ? Le texte complet de l’étude est à consulter pour les détails méthodologiques, via le DOI 10.1098/rspb.2026.1209.
Ce qu’il faut retenir
- L’effet Bouba-Kiki est observé chez les humains depuis presque un siècle.
- Une étude de 70 chiens suggère qu’ils regardent la forme ronde à « bouba » et la forme pointue à « kiki ».
- Les chiens semblent aussi avoir un biais général pour les formes pointues.
- Les résultats restent préliminaires : un seul laboratoire, un échantillon modeste.
Sources : ScienceAlert, communiqué SciMex / Royal Society, étude originale (DOI).

